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L’économie désirable

Sortir du monde thermo-fossile
Auteur(s)
Veltz, P.
Numéro
2021 Mai

Formats disponibles

    Résumé

    Veltz, P. L’économie désirable. Sortir du monde thermo-fossile, Seuil, 2021.

     

    Notre avis

    📖📖📖📖 Un très bon livre pour alimenter le débat sur la transition écologique, en apparence éloigné de notre cœur de cible sécurité industrielle, mais totalement en lien si l’on accepte une vision systémique du risque.
     

    Notre synthèse

    Pierre Veltz est ingénieur, diplômé de l'École polytechnique et ingénieur du Corps des ponts, socio-économiste, ancien directeur de l’Ecole nationale des ponts et chaussées, président directeur général de l’établissement public de Paris-Saclay, membre de l’Académie des technologies, auteur de plusieurs ouvrages sur la transformation de la société industrielle :Mondialisation, villes et territoires (1996),La grande transition (2008) et de La société hyper-industrielle (2017) etL’économie désirable (2021).

    Nous savons que sans changements profonds notre société court à la catastrophe, mais la crise actuelle avec l’arrêt de la machine de production pourrait nous tuer tout de suite, et va coûter très cher aux pauvres, au risque d’une déstabilisation politique dont les gilets jaunes ne sont que des prémices. Ce hiatus reste le point aveugle des théoriciens de plus en plus nombreux et influents de la « décroissance ».

    Il existe pourtant des marges de manœuvre dans le cœur de l’économie dominante, à condition de dessiner un monde industriel différent du monde actuel, usant d’une grammaire différente : le passage d’une économie des choses vers une économie des usages et des expériences, d’une économie de la possession vers un économie de l’accès, avec un virage du monde manufacturier vers un mode « serviciel ». Ce court livre de six chapitres donne les pistes pour réaliser ce virage : davantage d’efficacité, de sobriété, une économie humano-centrée, une vision locale, une pensée sur l’interdépendance, et une fiscalité ad hoc.

    Chapitre 1 : L’efficacité

    Le réchauffement climatique est lié au stock de gaz à effet de serre, pas au flux. Il faut donc une réduction de longue haleine pour stabiliser ce stock, et tout le drame est là. La trajectoire à + 1,5 degré fin de siècle parait de moins en moins crédible. Comment faire évoluer dans un très court laps de temps nos modes de production et de consommation pour rester dans les limites acceptables ? D’autant que la bataille ne se joue pas chez nous, mais en Chine, Asie, et Afrique pour l’essentiel. La question a plusieurs volets : celui des émissions de GES (Gaz à effet de serre) et de la décarbonation de nos économies, et celui de la raréfaction des ressources, minérales et métalliques en particulier.

    Quant aux réponses, elles relèvent de deux registres : celui de l’efficacité pour optimiser l’offre ‒ mais même en produisant plus efficace, on voit que les gains sont systématiquement annulés ou débordés par la croissance de la demande (exemple de l’éclairage) ‒ et celui de la demande, où la sobriété doit transformer nos modes de vie et de consommation avec des choix individuels et encore plus collectifs.

    Notre société hyper industrielle reste au cœur de l’économie mondiale, elle emploie 400 millions de personnes, en tirant le reste des économies car elle concentre les îlots de haute productivité. Elle n’est pas concentrée dans les pays occidentaux ; mais en valeur ajoute par habitant, le pays le plus manufacturier du monde est la Suisse, suivie de près par d’autres pays européens et par les USA. La grande majorité des pays émergents ‒ loin de nous dépouiller de notre industrie ‒ peinent à rester dans la course tant le secteur devient techniquement sophistiqué et dépendant d’écosystèmes de services et de compétences pointues. Ce mouvement est accéléré par la crise de la Covid-19 qui a provoqué un repli massif des capitaux investis dans les pays émergents. Certes, beaucoup d’objets sont encore fabriqués dans des pays à bas salaires et aux exigences environnementales réduites, comme l’habillement. Mais la réalité dominante est celle d’une industrie mondiale de plus en plus capitalistique, automatisée et recentrée à proximité des marchés de consommations.

    Les vieilles distinctions entre industrie et services s’estompent. La baisse des emplois de fabrication est compensée par une forte augmentation en amont, dans les bureaux d’études marketing, et en aval en interfaces avec le marché. On s’éloigne du travail direct. On entre dans le monde des jumeaux numériques duplicables à l’infini à coût marginal de plus en plus faible. Du coup, cela rend de plus en plus difficile l’affectation territoriale de la création de valeur, mais aussi de la pollution ou de l’empreinte carbone. Nous n’allons pas vers une société post industrielle ; nous allons vers un société industrielle différente. On ne vend plus des objets, on vend des solutions, des fonctionnalités, des usages, voire des expériences attachées à ces objets : le fabricant de pneu vend des kilomètres parcourus, le fabricant d’auto vend des services de mobilité... On voit un double passage : celui d’une économie des objets à une économie des usages et des expériences, et celui d’une économie de la propriété à une économie de l’accès.

    Une planète augmentée : Le discours sur la société post industrielle a longtemps présenté l’économie comme plus légère, immatérielle. La prise de conscience écologique a dissipé cette illusion ; l’empreinte matérielle de la société hyper industrielle est croissante. Les chiffres ont explosé. Le montant estimé de la dépense d’infrastructure est de 5000 milliards $ US par an, voire 9000 milliards, bien plus que les dépenses militaires. Nous vivons sur une planète augmentée où nous prélevons plus que ce qui est disponible, y compris en matériel minier, terres rares et autres. En 3 ans, la Chine a utilisé 1,5 fois la quantité de ciment que les USA ont utilisé pendant tout le 20e siècle.

    Le numérique apparaît comme dématérialisé, mais le monde numérique est en réalité très lourd : câbles, bateaux, satellites, fermes de serveur, etc.

    Quelles voies pour de l’efficacité : meilleure conception des produits, limitation et réutilisation des pertes, recyclage et réutilisation, recherche de matériaux de substitution plus abondants et moins polluants (économie circulaire) ?

    Chapitre 2 :  La sobriété

    Les gains d’efficacité sont importants mais débordés par la demande. La croissance sur les métaux rares et lourds est de 10 à 12 % an, ce qui est énorme. « L’effet Jevons » est terrible : quand on améliore l’efficacité d’un produit, bien ou service, le prix baisse et rend ce bien plus désirable : le moins devient le moteur du plus. Et ceci sans parler des effets rebonds : si mes dépenses baissent grâce à l’isolation de mon logement, je vais en profiter pour voyager plus, acheter une voiture plus grosse…

    La profondeur technologique : la masse d’énergie mobilisée par habitant a été multipliée par 7 depuis les années 1950. Cette énergie est largement le fait des machines qui nous servent d’esclaves pour notre bonheur. On jouit de la surface des choses (les écrans plats par exemple), mais on ne réalise pas la profondeur technologique, le nombre de machines nécessaires pour arriver à cet écran, et le coût de production pour la planète. On estime à 90 % la part de l’énergie consommée par et pour un smartphone avant toute utilisation. Le gain du vivre mieux avec ces objets n’est pas en rapport avec ces investissements colossaux liés à la complexité technologique. Ce mouvement irrépressible vers la profondeur technologique est aussi lié à la globalisation du « made in monde ». Le recours à des circuits de production plus fragmentés, l’accès à des composants de plus en plus divers et la complexité des produits finaux sont trois processus qui se nourrissent mutuellement.

    Le numérique illustre parfaitement les liens entre efficacité, effet rebond et profondeur technologique. Il pousse chacun des trois aspects à un degré particulièrement aigu.

    Économie des usages, économie de l’accès : le basculement engagé d’une économie des objets (possédés) à une économie des usages (accessibles) ouvre une piste prometteuse souvent qualifiée « d’économie de la fonctionnalité ». Certains modèles sont anciens comme celui de Rank Xerox et la location de photocopieuses. Les motoristes aéronautiques ne vendent pas leur moteur aux compagnies, mais assurent des heures de vol, maintenance comprise. Les fabricants de pneus d’avions facturent les atterrissages. La nouveauté est dans la migration de ces modèles vers les marchés grand public : on vend du confort thermique plutôt que du gaz, de la mobilité plutôt que des voitures. La location ou le leasing long ou court deviennent la norme. Mais il ne faut pas s’emballer. L’expérience montre que l’imagination des entreprises est sans limite quand il s’agit d’inventer des formes d’obsolescence non matérielles (par exemple les logiciels). La gratuité d’accès se traduit in fine par un développement incontrôlé de l’usage. Même Uber devient une solution facile pour renoncer aux transports en commun pourtant bien plus verts.

    Pour maîtriser la profondeur technologique, il n’y a pas d’autre solution que la sobriété de conception.

    Pour la sobriété d’usage, les marges sont grandes avant de parler d’austérité. Changer sa garde-robe de vêtements chaque semestre n’est pas obligatoire en soi. Il ne faut pas nécessairement aller vers de la low tech, mais instaurer une forme de techno-discernement. Reste beaucoup de comportements paradoxaux, notamment chez les millenials urbains, dont l’idéologie n’est pas toujours en accord avec les attitudes et pratiques réelles. Et pour les plus radicaux, le risque est de faire peur aux autres dans une économie de récession et de la décroissance.

    Chapitre 3 : Une économie humano-centrée

    Le récit dominant de l’écologie s’intéresse plus à la question du comment produire qu’à celle du quoi produire. Or, l’adieu au monde thermo-fossile va entraîner des réductions fortes d’activité dans certains domaines, au prix de turbulences importantes. Quelles activités « Eco-positives » pourrons nous déployer en compensation ? Ni la décarbonation, ni les ordinateurs quantiques représentent un projet de société en soi. 

    La question en suspens est celle de la vision d’ensemble. Cette vision doit être réaliste, le compte à rebours climatique l’impose. Elle doit être aussi mobilisatrice et positive ; bref, devenir une économie humano-centrée, tournée vers l’individu et le collectif.

    L’économie de l’individu : nous vivons dans l’héritage, importé des USA après 1945, d’une société de consommation « garage-salon-cuisine » et du temps libre. Mais l’explosion du travail féminin a bouleversé la société, et tous ces objets « garage-salon-cuisine » reculent en relatif dans les parts de notre budget. En contrepartie, les dépenses santé, divertissement, sécurité, mobilité, éducation augmentent. Elles concernent l’individu, le corps, ses émotions, son intelligence. L’économie ancienne est débordée par cette nouvelle économie. On ne compare plus ses possessions à celles du voisin. L’économie de l’intime joue sur des ressorts différents, renvoyant à des ressorts mimétiques ou addictifs individualisés. Bien sûr cette économie humano-centrée n’est pas ipso facto « humaniste ». Il faudra surveiller les trajectoires qui peuvent aller vers une société dominée par des impératifs hédonistes, renforcer l’individualisation compétitive et accroître les inégalités.

    L’économie de l’individu est collective : l’économie recentrée sur l’individu appelle une dimension collective bien plus forte que l’économie marchande traditionnelle (par exemple le marché de la santé). Plus l’économie humano-centrée prend en compte la singularité et la diversité des attentes, plus elle appelle la création de systèmes et de réseaux sophistiqués. La santé parle de médecine personnalisée, mais cette médecine repose sur l’existence d’une immense organisation collective et d’un partage massif des données (notamment numériques).

    Le virage sera aussi l’occasion de réhabiliter et développer une économie du lien, de l’échange et de la solidarité vécue, par l’extension des services que nous pourrons nous rendre les uns aux autres. Une caractéristique majeure des secteurs évoqués sera de fournir une grande masse d’emplois à des niveaux d’accessibilités très variés, allant du high tech aux services à la personne, qui devraient/pourraient in fine compenser les pertes d’emplois de l’industrie manufacturière.

    Chapitre 4 : Le salut par le local ?

    Face aux piétinements des Etats, l’action de villes et territoires mêmes modestes apparaît de plus en plus comme la seule manière de sortir de l’impuissance ; les défis comme le climat sont ultra complexes et sans solution évidente. Il est donc raisonnable de penser qu’une multiplication d’expérimentations avec un fonctionnement en mode distribué serait plus efficace que le vieux modèle hiérarchique où les centres de pouvoirs étatiques trouvent une solution et fixent la ligne. Les pouvoirs urbains et territoriaux confrontés au terrain sont moins enclins que les Etats à fonctionner en silo, circuits courts, et peuvent retrouver un esprit village.

    Relocaliser l’industrie : la question est moins celle de la relocalisation d’entreprises parties à l’étranger, que celle de la maîtrise des grandes chaînes de valeur mondialisées. Cette question a trois dimensions : écologique, industrielle et géopolitique.

    Les dégâts écologiques du « made in monde » ont été souvent soulignés : transport maritime massifié (mais ce n’est pas si grave), externalisation de nos émissions et nos pollutions (c’est plus sérieux). Par exemple, la vertu relative des Européens en termes d’empreinte carbone s’effondre si on inclut les consommations importées. Le moins disant environnemental est aussi l’un des moteurs de la globalisation. Bel exemple que la sous- traitance pharmaceutique en Asie.

    La deuxième dimension est technico industrielle. Avec l’idée qu’on pourrait dissocier spatialement toutes les phases productives, garder les bureaux d’études et faire partir les usines (chimère de l’industrie « fabless », sans usine). Des économistes justifient cette voie en disant que les phases de fabrication, largement automatisées, n’ont plus qu’un rôle mineur dans la création de valeur ajoutée finale ; c’est faux. En distanciant, on perd l’idée de tester ses solutions en usine, le circuit s’allonge au détriment de la qualité de l’usage.

    La troisième dimension est géopolitique. Le sujet est immense et centré sur la réciprocité entre Etats et sur les cadres régulateurs. Mais l’objectif est surtout de développer de nouvelles activités, de réinventer une base productive, et non de camper sur des positions défensives. Même dans un scénario très volontariste, il serait impossible de rassembler à l’échelle nationale, et encore moins locale, l’ensemble des composants et compétences nécessaires pour une grande partie des objets et services que nous utilisons, surtout du fait de la profondeur technologique déjà vue. L’échelle pertinente serait peut-être l’Europe…

    Une nouvelle phase de globalisation : les échanges se sont nettement régionalisés autour de trois grands pôles : la Factory Asie, la Factory Europe ‒ autour du hub allemand ‒ et la Factory nord-américaine ; la Chine gardant une position particulière de pivot du système mondial. À noter que cette nouvelle donne est une mauvaise issue pour le Bangladesh et beaucoup de pays émergents.

    L’énergie au cœur de la reterritorialisation : la reconstruction des systèmes énergétiques privilégie clairement le creuset territorial. Les énergéticiens parlent des 3D : décarbonation, digitalisation et décentralisation. En Europe, cette dimension territoriale est inscrite dans l’histoire en raison de la prévalence du bloc communal dans la production et la distribution de l’énergie. Les 700 Stadtwerke (entreprises municipales) allemandes produisent et distribuent 60 % de l’électricité du pays. Malheureusement, le cas de la France est différent en raison de sa centralisation historique, mais les choses changent lentement.

    La préférence pour la proximité et le néo-localisme reviennent en force. Mais cette évidence mérite aussi d’être questionnée, par exemple pour l’alimentation où le transport est l’objet de toutes les critiques quand on justifie le circuit court, mais est largement surestimé dans son coût énergétique et environnemental alors que les phases les plus coûteuses sont celles de la production, du stockage intermédiaire et final et de la préparation des plats. Le transport de masse à grande distance est même beaucoup plus favorable pour l’écologie que ne l’est celui des camionnettes locales. Ceci dit, la sociabilité des circuits courts n’a par contre pas d’équivalent. Pour le dire autrement, la revitalisation d’une agriculture de proximité est souhaitable, mais ce n’est pas un principe absolu. D’un point de vue énergétique, ce sont les changements de régime alimentaire qui ont de loin l’impact le plus décisif (sur viande notamment). Reste que la convivialité, la confiance et le lien social sont des déterminants essentiels qui dépassent le raisonnement écologique dans cette justification du néo-localiste.

    Chapitre 5 : Proximités et interdépendances

    La valorisation du proche, de la recherche d’une maîtrise du parcours de vie, sous-tend de nouvelles attitudes à l’égard des villes et notamment des grandes villes. Certains, comme Bruno Latour, pensent qu’en rendant sensibles et concrets des problèmes souvent présentés de manière abstraite et lointaine, l’action territoriale est irremplaçable pour créer l’énergie du changement. Mais la valorisation unilatérale du proche peut devenir problématique lorsqu’elle crée des illusions d’autosuffisance, et surtout lorsqu’elle ignore les interdépendances et les solidarités interterritoriales fondatrices de notre contrat social.

    La valeur locale comme révolte contre l’abstraction des grandes organisations, publiques ou privées où le travail n’est plus qu’un maillon dans de longues chaînes et où les parcours sont bâtis autour d’une compétition sans fin pour les places et les pouvoirs. Rudiger Safranski parle de clairière dans laquelle se reposer, au milieu de la jungle des flux et des interactions. C’est la recherche d’un sens à donner à l’activité professionnelle et au parcours de vie en général, la volonté de maîtriser les produits de son activité, le succès des ateliers coopératifs en tout genre, ce retour au faire et au plaisir de faire ensemble.

    Peut-on oublier les métropoles et grandes villes ? Qui dit local pense aux petites et moyennes villes. Il est possible que dans l’après Covid les urbains les plus connectés soient de plus en plus nomades… mais un bouleversement global des structures territoriales reste peu probable. En fait les riches sont ‒ et restent ‒ fortement concentrés dans les grandes villes, et génèrent 18 % de l’empreinte carbone. Les 5 % les plus aisés qui vivent hors des villes génèrent 30 % des gaz à effet de serre locaux aux USA et 21 % en Chine.

    Choix urbains et mobilités : Dans les pays émergents, l’urbanisation s’accompagne d’une élévation du niveau de vie, une marchandisation et au final d’une croissance de l’empreinte carbone par tête. Cela ne vaut pas pour la France où le degré de consommation marchande est très homogène. Il y a bien longtemps que les habitants des petits bourgs ont cessé de se nourrir avec leurs potagers, et une migration des grandes villes vers les petites villes seraient plutôt synonyme d’augmentation de l’empreinte carbone car la densité reste un moyen très efficace d’économiser les ressources. On doit raisonner en territoire général, avec l’ensemble complémentaire ville et hinterland (arrière-pays) rural ou forestier, avec les puits de carbone correspondant qu’il faut considérer.

    Mais on peut faire quand même des choses pour les villes, notamment avec les transports collectifs et en réintervenant sur les périphéries des villes et l’éparpillement incontrôlé des lotissements. Les cœurs de ville représentent 2 % des émissions, les échanges internes aux couronnes urbaines 73 %, et les échanges entre cœur et couronne 25 %... Oublions donc les cœurs de ville, leurs voies sur berges et pistes cyclables dont on parle tant. Le problème n’est pas là, c’est celui des nappes suburbaines et des zones rurales peu denses. Il faudrait investir beaucoup plus dans les usages coopératifs, l’électrique en campagne, les réseaux RER.

    Pour tout dire, le « haro » sur la métropole qui plaît à la population est écologiquement très douteux en résultat. Il faut verdir les métropoles, en évitant les déchirures dans la société entre ceux qui peuvent choisir leur statut territorial et ceux qui ne le peuvent pas.

    Chapitre 6 : Fiscalité, finance et technologie

    Le localisme aussi imaginatif soit-il ne suffira pas. Des transformations structurelles seront nécessaires, mais lesquelles ? Le levier de la réglementation et des normes peut être efficace (par exemple la trajectoire de décarbonation du secteur automobile), mais on sait que les Etats sont presque toujours prisonniers d’autres objectifs nationaux (emploi, compétitivité, etc.). Trois pistes apparaissent en dehors des normes : la fiscalité, le verdissement de l’investissement et de la finance, et la technologie et l’innovation par les start-ups (green-techs).

    Ces trois postes reposent sur le jeu des marchés et plaisent donc aux économistes, mais elles ont un autre point commun : leur prise sur le réel reste à ce jour modeste (fixation d’un prix du carbone, finance verte marginale, green-techs loin de connaître le dynamisme du numérique).

    La Suède est le seul pays à avoir installé une taxe carbone. La France a échoué deux fois. Et surtout l’Allemagne, la Chine, les USA, l’Inde et la Russie ‒ pays de loin les plus producteurs d’émission carbonés ‒ n’en ont jamais installée. Chaque pays attend que l’autre fasse des efforts… Pas de solidarité, pas d’efficacité. Il faut aussi penser « solutions de substitution » si on taxe ; ce qui n’est pas le cas, et pour longtemps, dans la construction, l’agroalimentaire ou le transport aérien.

    Désinvestir des secteurs thermo-fossiles : On pourrait penser à couper les flux financiers qui alimentent les industries fossiles. C’est rarement fait… c’est parfois l’inverse : considérer par exemple la pétrochimie qui investit massivement dans le plastique pour compenser la baisse de ses débouchés dans les transports. Le consensus sur le désinvestissement est plutôt à long terme, mais il faudra gérer un énorme montant potentiel d’actifs échoués (réserves minières, pétrolières).

    L’investissement écologique ne devrait pas poser problème puisque l’argent est surabondant, mais la finance ne dirige pas les fonds vers les investissements de long terme permettant la transition écologique. Les choses bougent lentement. La finance verte reste marginale, sauf à parler de green washing où la peinture fait plus que le contenu… De même, la politique du vert a ses limites comme on le voit avec la rénovation des passoires thermiques, sujettes à l’effet rebond (on monte le thermostat) et on oubli complètement les carbones de matériaux de construction, équipements électroniques… Retrouver une boussole avec le « new deal vert » désormais prôné en Europe, supposerait un projet cohérent à l’échelle des villes et des régions. Compter sur les marchés pour trier les bons investissements est totalement illusoire. La sphère financière se nourrit d’elle-même.

    La technologie : Schumpeter et Janeway : on parle de modèle de la « start-up nation » qui oublierait le Colbertisme, mais dans la réalité cette « start-up nation » dépend toujours massivement des investissements d’Etats. Hélas, les grands Etats, sauf la Chine, ne sont pas au rendez-vous de la révolution verte. Les USA ont raté le coche et l’Europe est toujours victime de sa fragmentation.

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