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Septembre 2026

Mental Health and Construction


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Intervening to Prevent Collapse
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Rosa M. Gonzalez-Guarda, Molly Hayes & Luke Smith

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Gonzalez-Guarda, R. M., Hayes, M., & Smith, L. (2026). Mental Health and Construction - Intervening to Prevent Collapse. JAMA Health Forum (Vol. 7, No. 8). American Medical Association.

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Ce mois-ci, un article d’une équipe de médecine du travail de la prestigieuse université de Duke aux USA qui décrit un nouvel univers sans précédent de risques pour la santé mentale dans le domaine du BTP. L’article est publié dans un des meilleurs journaux médicaux du monde, le JAMA.

À lire pour comprendre l’ampleur du problème et le déplacement sensible du focus habituel et sans ambiguïté des accidents corporels - au cœur de la sécurité industrielle - vers ces questions de santé mentale, qui sont maintenant traitées quasiment hors du champs de la sécurité. 

Notre synthèse

Rédigée à l’aide d’un système d’IA.

 

Santé mentale dans la construction : l’angle mort de la sécurité

Cet article publié dans JAMA Health Forum attire l’attention sur une réalité encore largement sous-estimée : la dégradation de la santé mentale dans le secteur de la construction. Les auteurs rappellent que les ouvriers du bâtiment constituent l’un des groupes professionnels les plus exposés aux troubles psychologiques, aux addictions, aux surdoses et au suicide, alors même que les politiques de prévention dans ce secteur se sont historiquement concentrées sur la sécurité physique et les accidents du travail. 

Le secteur de la construction représente environ 8,3 millions de travailleurs aux États-Unis et occupe une place centrale dans l’économie du pays. Pourtant, les indicateurs de santé mentale y apparaissent particulièrement préoccupants. Selon une enquête nationale menée en 2025, 64 % des travailleurs de la construction déclaraient avoir souffert d’anxiété ou de dépression au cours des douze derniers mois, soit plus du double du taux observé dans la population générale américaine. 

Les données relatives aux addictions sont tout aussi alarmantes. Le secteur présente le taux de décès par surdose le plus élevé de toutes les grandes catégories professionnelles américaines : 162,6 décès pour 100 000 travailleurs, soit environ sept fois le niveau observé dans la population générale. Les auteurs rappellent également que les travailleurs masculins de la construction se suicident deux fois plus souvent que l’ensemble de la population et que, dans cette profession, les décès par suicide dépassent désormais les décès liés aux accidents du travail.  

L’article souligne également que l’accès aux soins demeure insuffisant. Chaque année, plus de 470 000 travailleurs du bâtiment auraient besoin d’une prise en charge en santé mentale sans pouvoir y accéder pour des raisons financières.  

Les auteurs proposent de comprendre cette situation à travers plusieurs niveaux d’analyse. Le premier concerne les déterminants sociaux de santé. Les difficultés économiques, les responsabilités familiales, les obstacles d’accès aux soins, les situations migratoires et les problèmes de soutien social constituent autant de facteurs de vulnérabilité susceptibles d’accroître la détresse psychologique avant même l’arrivée sur le chantier.

À ces facteurs individuels s’ajoutent les contraintes propres au métier. Les chantiers imposent fréquemment de longues journées de travail, des échéances serrées, une forte pénibilité physique, des conditions parfois dangereuses et des emplois saisonniers ou instables. Ces contraintes peuvent engendrer un déséquilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, une insécurité économique récurrente et un déficit de récupération. Avec le temps, elles favorisent l’apparition de douleurs chroniques, d’accidents, de troubles psychologiques ou de consommations de substances psychoactives.

L’un des apports les plus intéressants de l’article réside dans l’analyse culturelle du phénomène. Les auteurs rappellent que le secteur reste très majoritairement masculin et qu’il valorise historiquement des normes de robustesse, d’endurance et d’autonomie. Dans de nombreux environnements de travail, reconnaître une souffrance psychologique peut être perçu comme un aveu de faiblesse ou d’incapacité à faire face. Cette culture tend à retarder l’identification des difficultés et limite les demandes d’aide.  

Les auteurs interprètent cette situation comme le résultat d’un décalage historique entre deux conceptions de la sécurité. D’un côté, la prévention des blessures et des accidents physiques est devenue une composante essentielle du management de la sécurité dans le bâtiment. De l’autre, la santé mentale n’a longtemps bénéficié ni du même niveau d’attention, ni des mêmes investissements, ni des mêmes systèmes de détection précoce. Beaucoup de travailleurs ne disposent donc pas des ressources nécessaires pour reconnaître les signes précoces de détresse psychologique ou demander un accompagnement adapté.

Face à ce constat, l’article recense plusieurs pistes d’action. La première consiste à élaborer une stratégie nationale de prévention articulant repérage précoce, prévention, accès aux soins et accompagnement des travailleurs. Les auteurs citent l’exemple australien, souvent considéré comme pionnier dans ce domaine. Le programme « MATES in Construction », développé à l’échelle de la profession, s’appuie sur des approches de soutien par les pairs, directement intégrées aux pratiques du secteur. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie nationale plus large de prévention du suicide et de promotion de la santé mentale.  

L’article décrit également plusieurs initiatives américaines récentes. Parmi elles figurent la Construction Industry Alliance for Suicide Prevention, des partenariats entre fondations spécialisées et organismes de sécurité au travail, ainsi que différentes ressources développées par le Center for Construction Research and Training. Toutes ont en commun de tenter d’intégrer la santé mentale aux démarches de sécurité déjà présentes dans les entreprises, plutôt que de les traiter comme un sujet séparé.

Une autre orientation importante consiste à renforcer les liens entre les entreprises et les ressources locales de santé. Les auteurs présentent notamment l’expérience d’une organisation communautaire de Caroline du Nord qui intervient auprès des entreprises de construction à travers des rencontres informelles et des discussions de sensibilisation. L’objectif est de développer progressivement la confiance, de favoriser les conversations sur le mal-être psychologique et d’encourager un recours plus précoce aux dispositifs d’aide.

Enfin, les auteurs plaident pour une augmentation des investissements consacrés à la recherche dans ce domaine. Selon eux, les efforts de recherche ont largement contribué à améliorer la sécurité physique dans la construction, mais beaucoup moins à comprendre et prévenir les risques psychologiques. Ils estiment nécessaire de développer des programmes d’évaluation rigoureux, d’identifier les interventions efficaces et de soutenir leur diffusion à grande échelle. 

L’article se conclut sur un appel à considérer la santé mentale comme une dimension à part entière de la sécurité dans la construction. Les auteurs soutiennent qu’une stratégie fondée sur la confiance, les relations de proximité et l’usage systématique des données pourrait permettre d’apporter un soutien plus efficace à une population de travailleurs essentielle au fonctionnement de l’économie.

 


Commentaire de René Amalberti, directeur de la Foncsi 

Cet article présente un intérêt particulier pour les travaux développés depuis plusieurs années à la Foncsi autour de l’évolution des frontières de la sécurité. Il met en lumière un déplacement progressif des préoccupations de prévention : après avoir longtemps concentré les efforts sur les accidents matériels et les atteintes physiques, les organisations découvrent aujourd’hui que les déterminants de la performance et de la sécurité résident aussi dans des dimensions plus diffuses telles que la fatigue, la charge mentale, l’épuisement, le stress chronique, les addictions ou les vulnérabilités sociales.

 

Le texte résonne également avec les analyses conduites sur les « compromis de production », la soutenabilité du travail et la capacité des organisations à préserver les ressources humaines qui rendent possible la performance dans la durée. À ce titre, la santé mentale apparaît moins comme un sujet médical isolé que comme un révélateur du fonctionnement global des systèmes sociotechniques.

 

Enfin, l’article pose une question devenue centrale dans plusieurs secteurs à risque : jusqu’où les organisations doivent-elles étendre leur responsabilité vis-à-vis des déterminants de santé qui trouvent parfois leur origine en dehors de l’entreprise, mais dont les conséquences se manifestent sur le terrain du travail, de la sécurité et de la fiabilité des opérations ? Cette interrogation pourrait constituer un prolongement naturel des réflexions déjà engagées par la Fondation sur les liens entre performance durable, résilience des systèmes et prise en compte des facteurs humains et organisationnels.